Ils ne font pas de vagues. Ils sont polis, discrets, présents. Ils suivent les cours, livrent les projets, rient entre amis. Ils répondent “oui, ça va”, et la conversation continue. Mais si l’on regarde bien, si l’on écoute autrement, on perçoit les fissures. Car derrière ce calme apparent, quelque chose s’effondre.
Ils sont jeunes, mais déjà usés. Parfois à peine adultes, et déjà à bout. Pas à cause d’un drame spectaculaire, mais à cause de l’accumulation. Des petits poids qui finissent par écraser.
Trop jeunes pour être aussi fatigués
On les croit protégés par leur âge. Comme si la jeunesse devait immuniser contre l’épuisement. Mais la réalité est là : de plus en plus de jeunes, parfois dès la fin du lycée, parfois avant, s’effondrent intérieurement.
Ils ne dorment plus. Ne ressentent plus rien. Vivent au ralenti. Fonctionnent par automatisme. Ils sont jeunes, oui — mais épuisés.
Pas seulement physiquement. Émotionnellement. Mentalement. Intérieurement.
L’angoisse de ne jamais en faire assez
Ce que l’on appelle “burn-out” chez les jeunes n’a pas toujours de nom. Ils ne savent pas ce qui leur arrive. Ils pensent juste qu’ils sont “nuls”, “pas assez solides”, “trop faibles”.
La vérité, c’est qu’ils sont pris dans une machine : pression scolaire, avenir incertain, peur d’échouer, peur de décevoir, besoin de prouver, comparaison constante. Ils courent sans fin, et chaque pause leur donne l’impression de perdre du temps.
Même au repos, ils culpabilisent. Même en vacances, ils se sentent en retard.
Des vies millimétrées, des émotions muselées
Beaucoup ont appris à ne pas déranger. À ne pas trop ressentir. À rester “sérieux”, “productifs”, “dans les clous”. Leurs journées sont pleines, rythmées, organisées à la minute.
Mais à l’intérieur, rien n’est cadré. Il y a le doute, l’anxiété, la tristesse, le vide.
Le plus douloureux, ce n’est pas le trop-plein d’activités. C’est l’absence d’espace pour exister pleinement. Pour dire : “Je ne vais pas bien.”
Alors ils continuent. En silence. Jusqu’à l’épuisement.
Un effondrement discret
Le burn-out chez les jeunes ne ressemble pas toujours à celui qu’on imagine. Il ne se manifeste pas forcément par des cris ou des arrêts brutaux. Parfois, c’est juste une lente disparition : ils décrochent, deviennent absents, indifférents.
Ils s’éteignent à petit feu. Ils ne pleurent pas toujours. Ils ne crient pas. Ils s’isolent, ou se sur-adaptent. Parfois, on ne s’en rend compte qu’au moment où ils ne peuvent plus se lever. Où le corps lâche. Où le mental bloque.
Quand la lucidité devient un fardeau
Ce n’est pas que cette génération est trop sensible. C’est qu’elle est lucide. Trop lucide, parfois.
Elle voit l’état du monde, l’hypocrisie des modèles, la violence des normes. Elle sait qu’on attend d’elle qu’elle réussisse dans un système en crise. Elle sent l’urgence climatique, l’angoisse économique, la surcharge mentale.
Elle sait. Et cette lucidité, si elle n’est pas accompagnée, devient un poids. Une fatigue morale. Un désespoir discret.
Le calme comme mécanisme de survie
Ce calme qu’ils affichent n’est pas toujours naturel. Il est souvent stratégique. Un masque. Une protection. Un moyen de ne pas s’écrouler totalement.
Ils ont appris à “tenir”, à ne pas faire de bruit, à ne pas “trop en dire”. Mais à force de tout garder pour eux, ils s’usent.
Ce calme, c’est parfois leur façon de survivre dans un monde qui ne leur laisse pas le droit d’être fragiles.
Oser parler. Être entendu
Ce dont ils ont besoin, ce n’est pas de solutions toutes faites, de discours motivants ou de rappels à l’ordre. Ils ont besoin d’écoute. D’attention réelle. De permission de dire : “je n’en peux plus.”
Ils ont besoin qu’on entende leur burn-out sans le minimiser. Sans leur dire “tu verras, ça passe avec l’âge” ou “tu te prends trop la tête”.
Ils ont besoin de repères, de bienveillance, de repos. De temps. D’humanité.
Reconnaître l’envers du calme
La prochaine fois que quelqu’un vous dit « ça va », écoutez vraiment. Regardez au-delà du ton. Posez la question autrement.
Car aujourd’hui, beaucoup de jeunes vivent l’envers du calme : ce moment où l’on semble tenir, mais où l’on est déjà en train de tomber.
Le reconnaître, c’est déjà les aider.
Le dire, c’est déjà résister.
L’envers